Le tutorat des soignants

Le secteur de la santé et du médico-social traverse une période où les exigences montent et où les ressources humaines se fragilisent. Les équipes font face à des situations complexes, à des conditions de travail tendues et à une pression grandissante liée aux risques d’erreurs et aux conséquences qu’elles entraînent. Dans ce contexte, le tutorat n’est pas un outil secondaire, mais une réponse structurée pour soutenir les professionnels, sécuriser les parcours et redonner du sens au travail collectif.
Les événements indésirables continuent de toucher les établissements, qu’ils soient de petite ou de grande taille. Les enquêtes de la Haute Autorité de Santé montrent régulièrement que les erreurs médicamenteuses, les chutes, les infections associées aux soins et les défauts de communication interne restent parmi les causes les plus fréquentes de dommages évitables. Chaque incident entraîne non seulement une souffrance pour le patient et sa famille, mais aussi un effet boomerang sur les professionnels concernés. Le sentiment de faute, de peur et d’isolement alimente un malaise profond.

Le dysfonctionnement n’est pas toujours spectaculaire. il peut se glisser dans une consigne mal transmise, un protocole mal compris par un nouvel arrivant, une procédure que personne ne prend le temps d’expliquer, une équipe où chacun pense que « l’autre sait ». l’accumulation de ces petites failles crée peu à peu un terreau propice à l’erreur. Lorsqu’aucun cadre formalisé d’accompagnement n’existe, les nouveaux professionnels apprennent « sur le tas », parfois dans l’urgence, parfois en reproduisant des pratiques inadaptées.
Le mal-être au travail se manifeste alors. certains soignants décrivent la boule au ventre avant la prise de poste, la peur de mal faire, la crainte de recevoir un reproche, l’appréhension de gérer une situation pour laquelle ils ne se sentent pas prêts. Ce climat psychologique pèse sur l’engagement, la motivation et la stabilité des équipes. Le taux de turn-over s’envole dans de nombreux établissements, entraînant ainsi un cercle vicieux avec plus de départs, plus d’arrivées à accompagner, moins de temps pour transmettre et plus de risques d’erreurs.
Les conséquences des erreurs de soins dépassent largement le cadre médical. Pour le patient, elles peuvent aller de l’allongement de la durée d’hospitalisation à l’aggravation de son état clinique. Pour les équipes, elles peuvent provoquer tensions, une perte de confiance, des conflits ou encore une remise en question professionnelle. Sur le plan organisationnel, elles génèrent des coûts directs liés aux réparations, aux réhospitalisassions, aux temps liés à la gestion des plaintes et enfin aux démarches juridiques éventuelles. S’y ajoutent les coûts indirects, ceux liés à l’absentéisme, au remplacement des personnels épuisés, à la perte d’attractivité du service et enfin ceux liés à la perte de la patientèle secondaire à la mauvaise réputation de l’établissement.

Face à ces constats, le tutorat s’impose comme un levier structurant. Il s’agit d’un dispositif organisé où un professionnel expérimenté et formé accompagne un nouveau collègue ou un soignant en montée en compétences. Le tutorat n’est ni un simple accueil, ni une présence ponctuelle, mais un cadre pédagogique qui sécurise les pratiques et soutient la transmission les compétences intellectuelles, les compétences opérationnelles et enfin les compétences comportementales.
L’intérêt du tutorat se situe d’abord dans la protection du patient. un soignant bien accompagné comprend les protocoles, connaît l’environnement, identifie les risques et sait ce qu’il doit faire. Il réalise les gestes avec assurance et respecte les vigilances en vigueur. Le tutorat consolide la maîtrise des pratiques et réduit les erreurs évitables.
Pour le personnel, le tutorat représente une source de soutien moral et professionnel. L’intégration devient plus fluide avec un sentiment d’appartenance et la confiance en soi. Les nouveaux arrivants n’ont plus besoin de cacher leurs questions ou leurs inquiétudes. Ils disposent d’un référent identifié, d’un espace d’échange, d’un filet de sécurité qui prévient l’isolement et la peur de mal faire. Les tuteurs, quant à eux, valorisent leur expertise et renforcent leur propre pratique par la transmission.

Pour les établissements, les bénéfices sont multiples. La qualité des soins s’améliore de manière palpable avec moins d’incidents, moins de réclamations, meilleure continuité des soins et un climat social apaisé. L’accompagnement structuré des professionnels agit aussi sur l’attractivité. Les soignants recherchent des lieux où ils ne seront pas livrés à eux-mêmes et où leur montée en compétences est prise au sérieux. Les établissements engagés dans le tutorat constatent parfois une hausse des candidatures, une baisse du turn-over et une réputation renforcée auprès des patients comme des professionnels.
L’impact économique est également notable. Une réduction des erreurs entraîne une diminution des coûts directs liés aux réparations, aux réhospitalisassions, aux réclamations ou aux démarches contentieuses. La stabilisation des équipes limite le recours à l’intérim et aux recrutements répétés. La réputation améliorée attire non seulement du personnel, mais aussi des usagers qui privilégient les établissements perçus comme organisés et fiables. L’ensemble contribue à une meilleure performance financière et à une image plus forte du service.

Les faits divers, les signalements médiatisés et les rapports institutionnels décrivent régulièrement des situations d’erreurs, des maltraitances et autre drames consécutives aux dysfonctionnements. Les syndicats de leurs coté pointe du doigt le manque de personnels, un professionnel nouveau ou isolé, des procédures mal comprises, des transmissions incomplètes ou un contexte de surcharge de travail. La répétition de ces situations montre que l’enjeu n’est pas seulement individuel, mais systémique. Le tutorat devient alors une réponse structurée, concrète et accessible pour agir sur ces failles.
Cette formation vise à outiller les professionnels et les établissements afin de mettre en place un tutorat solide, lisible et efficace. Elle a pour objectif d’apporter des repères, d’expliciter les responsabilités, de clarifier les méthodes et de donner envie d’investir cette fonction. Les équipes soignantes ont besoin de soutien, de reconnaissance et d’un cadre clair pour transmettre. Le tutorat est un moyen simple et puissant d’y répondre.
